La conquête du monde par une jeune start-up soutenue par une banque résolument entrepreneuriale !
01/11/2016 leblogdesentreprises

La conquête du monde par une jeune start-up soutenue par une banque résolument entrepreneuriale !

Rencontre avec Céline Lazorthes, Fondatrice et CEO de Leetchi et de MANGOPAY et Ronan Le Moal, Directeur Général du Crédit Mutuel Arkéa.

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Ronan, présentez-nous le Crédit Mutuel Arkéa :

Ronan Le Moal – Le Crédit Mutuel Arkéa est un groupe bancaire régional, à l’origine implanté en Bretagne, né à la pointe du Finistère. Le Groupe a développé des relais de croissance partout en France et sur ses territoires historiques : la Bretagne, le Sud-Ouest et le Massif Central. Nous commençons à travailler au niveau européen sur la base de nouveaux modèles de développement. Nous concevons de nombreuses solutions en marque blanche pour de grands groupes de distribution. Le Groupe développe deux qualités à la fois essentielles et basiques : l’agilité et la technophilie ; deux valeurs fortes qui rencontrent assez bien l’univers des start-ups. Dans notre ADN, il y a la construction d’une banque en ligne, Fortuneo, et celle de liens de plus en plus forts entre l’univers du numérique et l’univers de la banque. Une grande partie de la banque de demain sera faite de digital !

Le Crédit Mutuel Arkéa a fait l’acquisition de Leetchi en septembre dernier. Céline, vous en êtes la fondatrice, pourquoi ce mariage ?

Céline Lazorthes – Leetchi, en quelques mots, est née il y a 6 ans de cette volonté que j’avais, étudiante, de bénéficier d’un service qui permettait de collecter de l’argent à plusieurs. Aujourd’hui, c’est plus de 6 millions de clients dans plus de 150 pays avec une très forte présence en France, en Espagne, en Allemagne, en Italie, et aux Pays-Bas et une ouverture de plus en plus forte vers l’international. Le service a beaucoup évolué dans le temps. Au démarrage, c’était une cagnotte entre copains pour les cadeaux d’anniversaire, les pots de départ en entreprise, les listes de mariage.

Ensuite, sont venus s’ajouter beaucoup d’événements de solidarité. Par exemple, un  petit garçon a pu être hospitalisé grâce à 30 000 euros collectés sur Leetchi en quelques jours et suite aux attentats de Paris, 55 cagnottes ont été créées pour les familles des victimes
Nous avons également développé une deuxième activité : MANGOPAY. Cette activité en B2B est une solution de paiement à destination des marketplaces, des plateformes de crowdfunding et des acteurs de l’économie collaborative. Nous leur permettons d’effectuer le paiement, de stocker l’argent pendant, par exemple, le lancement du projet de crowdfunding, puis de reverser les fonds aux porteurs du projet. MANGOPAY, ce sont plus de 1 500 plateformes clientes dans 22 pays en Europe. Nous sommes aujourd’hui 65 collaborateurs répartis dans quatre bureaux : Paris, Londres, Luxembourg et Berlin.

Pour répondre à la question, pourquoi l’acquisition ?

Céline Lazorthes – En 2015, Leetchi existait depuis 6 ans, avec un business model et un service bien établi. Notre volonté était de développer nos activités en B2C et B2B en France et à l’international et de pouvoir franchir un nouveau cap. À cette période, nous ne pensions pas forcément à l’éventualité d’un rachat puisque nous étions en processus de levée de fonds.

Les conversations ont commencé avec le Crédit Mutuel Arkéa, avec qui nous collaborions depuis 6 ans, d’abord autour de ce projet puis assez vite autour de l’acquisition. En tant qu’entrepreneur, on souhaite trouver le meilleur partenaire au meilleur moment pour faire grandir son projet. Avec sa proposition, le Crédit Mutuel Arkéa nous a semblé être le meilleur partenaire à ce moment-là pour accélérer notre développement et nous permettre de continuer à évoluer comme nous le souhaitions tout en nous offrant des moyens financiers et technologiques que nous n’aurions pu trouver ailleurs.

Concrètement, dans ce mariage, les équipes de Leetchi restent indépendantes. Ronan, vous ne souhaitiez pas gérer l’entreprise de manière plus directe ?
Ronan Le Moal  – Non. Lorsque nous identifions un business model qui a du sens à travers une start-up et que nous décidons de nous rapprocher d’elle, nous capitalisons sur son agilité, son savoir-faire. Nous ne cherchons pas à lui imposer nos processus, nos « guides d’utilisations ». Il est primordial de ne pas « casser le jouet ». En fait, nous nous empressons donc de ne rien faire. De surtout laisser l’entreprise mener la stratégie pour laquelle nous l’avons rachetée. Nous faisons d’ailleurs en sorte que le leader reste avec ses équipes, ce qui est le cas de Céline, parce que dans un rachat, la dimension entrepreneuriale reste importante et le format de départ, capital.

À partir de là, nous développons des synergies commerciales qui fonctionnent. Les synergies que nous mettons en place ensemble, notamment sur MANGOPAY, consistent à proposer une offre commune qui est : le TPE virtuel que nous sommes capables de proposer, la solution de paiement virtuel avec Payline, et la solution MANGOPAY, capable sur les places de marché de séquestrer l’argent pour le compte d’un tiers. Nous déployons donc une offre commune. Le cas échéant, le Groupe apporte un plus à la start-up également sur le plan logistique. Pour le reste, nous laissons faire la fibre entrepreneuriale. Nous laissons l’entrepreneur fonctionner avec son équipe comme il l’a toujours fait et nous sommes très heureux de voir cette constellation de sociétés entrepreneuriales se développer. Je considère finalement qu’il faut surtout garder l’ADN de base, notre capacité à évoluer rapidement. Voilà donc la stratégie toute simple que nous nous appliquons à mettre en œuvre. La stratégie du Groupe Crédit Mutuel Arkéa en terme de rapprochement avec des start-ups est claire : soit le nouveau modèle vient compléter une palette de nos métiers, comme c’est le cas avec Leetchi et MANGOPAY, soit il nous permet d’aller explorer des métiers sur lesquels nous ne sommes pas encore au point, avec un business model complètement différent. Ce sont les deux cas dans lesquels nous pouvons monter un partenariat. Si ça ne rentre pas dans cet esprit, nous renonçons !

Céline, comment expliquer qu’une institution bancaire n’ait pas pensé plus tôt à répondre à un besoin aussi primaire, aussi simple, que la collecte d’argent entre amis ?

Céline Lazorthes  – Je pense que le marché bancaire, d’une manière générale, est une industrie qui a été peu challengée pendant un certain nombre d’années. Or, la compétition est saine parce qu’elle nous rend meilleurs. Elle nous oblige à innover, elle nous oblige à repenser, à courir plus vite que l’autre. Dans une industrie qui a été florissante mais assez faiblement challengée, peu de nouvelles idées émergent. Vous savez, il n’y a pas de hasard dans la vie. La banque qui nous a ouvert la porte, au démarrage de notre aventure entrepreneuriale, il y a 6 ans, c’est le Crédit Mutuel Arkéa. Et finalement, nous voilà réunis. La preuve que l’ouverture d’esprit du Groupe était déjà différente de celles des autres banques. Une acquisition, dans un sens comme dans l’autre, c’est une question de personnes, une aventure humaine. J’étais très proche, et Ronan le sait, de mes actionnaires avec qui j’avais beaucoup collaboré. Il y a donc eu un changement structurel, nous mettions notre avenir dans les mains de Ronan, ses équipes, le Groupe. Nous savions que nous pouvions avoir confiance. Sans ça, nous ne l’aurions jamais fait !

Ronan Le Moal – Pour rejoindre ce que dit Céline, je pense que les banques aujourd’hui traversent trois phases fondamentales : une baisse de leurs marges drastiques parce que la règlementation et la fiscalité pèsent très lourd ; la prise du pouvoir par le consommateur et, enfin, l’arrivée d’acteurs qui viennent verticaliser le métier, comme par exemple Leetchi. Le deuxième point est stratégique. Pendant des dizaines d’années, exception faite de la relation entre le conseiller et son client qui a toujours été d’une très grande qualité, les banques ont pris beaucoup de retard et ont laissé la place à des acteurs comme Leetchi, qui maîtrisent les nouveaux codes de la relation client. Pour être capable de bâtir quelque chose ensemble, je rejoins le point de vue de Céline, l’aspect intuitif et personnel est primordial dans la relation entre un grand groupe et une start-up du digital. Je pense qu’il est très important d’avoir des codes communs, de parler de la même chose, de la même manière, d’être capable de fonctionner sur circuit court, de ne pas rentrer dans des processus très lourds. La relation avec les équipes doit être souple. Nous tenons nos délais, notre langage n’est pas ésotérique. Les incompréhensions naissent d’une mauvaise communication entre deux univers différents. C’est tout l’enjeu de la transformation digitale des entreprises au sens large.