Croissance rapide, comment franchir le cap de la maturité ?
01/11/2016 leblogdesentreprises

Croissance rapide, comment franchir le cap de la maturité ?

Success stories brisées en plein vol, crise de croissance de start-up à l’avenir pourtant annoncé comme très prometteur, la rentrée 2016 a été meurtrière pour de nombreuses jeunes pépites de la net économie. Et pourtant l’investissement dans les start-up n’a jamais été aussi important.

  • Ressources

L’investissement dans les start-ups n’a jamais été aussi important : 2 milliards d’euros en 2015 ; 3,7 millions d’euros étant le montant moyen des levées de fonds l’année dernière, le record étant détenu par la licorne BlaBlaCar avec ses 177 millions d’euros levés en 2015.

Les étapes pour faire grandir une entreprise et passer du format start-ups à celui de champion national sont importantes et chacune peut devenir cruciale.

Aborder des virages stratégiques, planifier son organisation dans un rythme effréné, gérer des problèmes de trésorerie, contrôler sa gouvernance, maitriser ses recrutements… autant d’étapes stratégiques qui condamneraient aujourd’hui 20% des start-ups à un crash inévitable. Car si convaincre les investisseurs lors d’une première levée de fonds peut s’avérer facile, tant qu’on arrive à démontrer la réalité du modèle économique, la différenciation évidente de son offre, la qualité de son équipe … La deuxième étape du financement de sa croissance s’avère plus exigeante et périlleuse.
Franchir le cap de la maturité c’est avant tout passer du statut de créateur à celui de gestionnaire, c’est s’affranchir de la bonne idée, de l’esprit conquérant pour endosser celui du leader, de stratège. De nombreux spécialistes s’accordent à pousser les jeunes start-ups à s’inspirer des grands groupes, de leurs modèles d’organisation et de planification pour servir leur capacité d’innovation. Deux autres facteurs de réussite et de développement résident dans la capacité d’innovation accompagnée d’une orientation forte à l’international : innover et exporter large.

Marie Ekeland, fondatrice de Daphni, société de capital-risque dédiée à l’économie numérique, nous donne sa vision d’un écosystème en pleine évolution.

 1 : Cet été a été meurtrier pour de nombreuses Start-Ups (Take Eat Easy, Save, Chic Types …) , à quoi associez-vous ces crises de croissance?   

Chaque cas est évidemment spécifique et vient nous rappeler à quel point il n’y a pas de recette imparable dès qu’il s’agit d’innovation et d’entrepreneuriat. Faire grandir son entreprise en France et à l’international tout en restant excellents et innovants dans la qualité du service proposé et en finançant sa croissance en vue d’une rentabilité à moyen terme est un exercice extrêmement difficile.

Les entrepreneurs doivent faire face des situations complexes. Il suffit de consulter les mots d’au revoir d’Adrien Rose, fondateur de Take Eat Easy pour s’en convaincre. Ou ceux de Damien Morin, fondateur de Save, racontant la mise en redressement judiciaire de son entreprise, le temps de renouer avec la rentabilité.

Les chiffres (voici ceux de CB Insights à titre d’illustration) nous montrent régulièrement que les statistiques d’échec dans les aventures entrepreneuriales sont élevées. C’est le prix de l’innovation, cela l’a toujours été, en Europe, comme dans la Silicon Valley. Nous, investisseurs dans l’innovation, intégrons ce risque de défaut élevé dans nos modèles et nos stratégies d’investissement depuis longtemps.

En revanche, ces aventures tumultueuses ne doivent pas nous faire oublier que certains arrivent à bien sortir leur épingle du jeu et à créer des champions internationaux. Certaines même sur des secteurs connexes à Take Eat Easy et ChicTypes, comme Deliveroo ou Vestiaire Collective.

Gaëlle Ottan, cofondatrice de 1001 start-ups, déclarait récemment que l’écosystème français était en train de franchir le cap de la maturité. Partagez-vous cet avis ? Comment l’expliquez-vous?  

L’écosystème français des start-ups numériques s’est beaucoup accéléré ces dernières années : 39% de croissance annuelle et 27% de recrutement supplémentaire chez les start-ups numériques françaises, d’après le dernier baromètre France Digitale / EY.

Le premier semestre 2016 a battu tous les records d’argent déployé dans le capital-risque en France avec plus d’un milliard déployé au cours de 297 opérations (baromètre EY 2016).

Les derniers mois ont été également marqués par de très importantes levées de fonds (Drivy, Doctolib, Alkemics, BlaBlaCar…), de nombreux rachats (Shopmium par Quotient Technology, Stickyads par Comcast, Leetchi par Crédit Mutuel Arkéa, BIME par Zendesk…) et des introductions en bourse (Showroomprivé à Euronext Paris, Talend au Nasdaq).

 

La Bonne recette de Marie

Cette vitalité peut être attribuée à trois ingrédients clés, qui se sont révélés ces trois dernières années.

  • 1. La mobilisation des jeunes talents. L’écosystème de l’innovation repose avant tout sur les talents. Et aujourd’hui les jeunes diplômés sont attirés par l’entrepreneuriat en premier lieu. C’est un phénomène récent car historiquement les meilleurs étudiants se destinaient plus à des carrières en finance de marché, en conseil en stratégie ou à des fonctions de direction dans des grands groupes. Et l’aventure ne se cantonne pas à la tête des podiums. A titre d’illustration, 1 étudiant sur 4 des étudiants de la promotion 2014 d’HEC a lancé son entreprise en sortant d’école (contre 9% en 2004, baromètre HEC 2015). Les start-ups attirent massivement les jeunes talents, quand les PME étaient traditionnellement un second choix pour les jeunes diplômés. Ainsi, l’âge moyen des salariés des start-ups financées par du capital-risque est en effet 31 ans (baromètre EY/FD 2015).
  • 2. La maturité de l’écosystème autour des entrepreneurs L’écosystème dans son ensemble n’a jamais été plus solide. De nouvelles initiatives se multiplient à travers l’hexagone, ornées du coq French Tech ou de sa déclinaison locale : accélérateurs, associations, écoles du numériques, hubs dédiés aux hardware et fablabs, …  D’autre part, l’écosystème s’internationalise : investisseurs et accélérateurs américains et européens s’intéressent de manière accrue à la France et des fonds pan-européens se montent à partir de Paris. Techstars, WeWork, voire YC cherchent à s’implanter à Paris. Les fonds de capital-risque américains y font leurs premiers investissements (La Ruche qui dit oui pour Union Square Ventures, Zenly pour Benchmark Capital, Dataiku pour FirstMark…) et les investisseurs européens voyagent de plus en plus dans l’hexagone, y recrutant même parfois des personnes dédiées au marché français, à l’instar de Index Ventures, Accel, Balderton, Mosaic, Cherry, Global Founders Capital, Point9, Atomico, DN Capital, EQT et bien d’autres. Quant aux investisseurs français, ils développent de plus en plus une stratégie internationale comme Partech Ventures, Cathay Innovation ou nous chez Daphni.
  • 3. Un niveau d’ambition en très forte hausse, tiré par des figures de proues internationales. Ces dernières années, un des changements les plus notables de l’écosystème d’innovation français est l’augmentation significative du niveau d’ambition des porteurs de projets. Les fondateurs de start-ups regardent l’international plus naturellement et de plus en plus vite : en 2014, 43% des revenus générés par les start-ups françaises étaient à l’étranger, soit une hausse annuelle de 57% ! (baromètre FD/EY, 2014).   C’est assez récent en France : les premiers champions étaient plus concentrés sur le marché domestique (Free, Vente-Privée, etc.). Les nouveaux succès sont très internationaux : Criteo est localisé dans 27 pays, s’est introduit au Nasdaq et vaut plus de 2,5 milliards de dollars. BlaBlaCar couvre désormais 22 pays.

Quels conseils donneriez-vous à une start-ups en plein croissance et en recherche de nouveaux investissements ?

Les start-ups en pleine croissance ont de plus en plus de choix pour se financer. Les frontières se sont gommées pour les start-ups mais aussi pour les investisseurs : il ne faut donc pas hésiter à se déplacer et solliciter des fonds internationaux afin de trouver l’investisseur le plus adapté au projet de développement de son entreprise.

En effet, il est essentiel pour optimiser les chances de succès d’une start-ups de trouver des investisseurs qui partagent la vision des fondateurs, fonctionnent en confiance et peuvent apporter une valeur ajoutée au projet si possible en optimisant les chances de succès de la start-ups dans sa croissance internationale.

Ainsi, si plusieurs investisseurs sont convaincus, n’hésitez-pas à faire des références auprès d’entrepreneurs qui ont déjà été financés par vos éventuels investisseurs afin de choisir le partenaire que vous privilégierez. C’est essentiel de choisir ceux qui, en plus de partager votre vision et vous accompagner par leur savoir-faire, expérience, expertise, réseau, vous feront vous sentir plus en confiance pour passer les moments difficiles, car une chose est sûre : il y en aura !