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Une rencontre avec Jean-Joseph Schiehlé

Le directeur administratif et financier de Tipiak supervise et coordonne la politique RSE de l’entreprise d’agroalimentaire. Ambitieuse, elle englobe toutes les activités humaines et industrielles du groupe, pour un montant d’investissement avoisinant les 2 à 3 millions par an.

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Le pitch de présentation de Tipiak ?

Notre activité se divise entre le secteur Sec, comprenant les pôles Epicerie et Panification, et le secteur Froid incluant les pôles Produits Cuisinés Surgelés et Traiteur Pâtissier. Nos produits sont vendus en grandes surfaces en France (53% du CA), chez les distributeurs spécialisés en produits surgelés comme Picard par exemple, à l’International, mais aussi dans d’autres circuits comme la restauration hors domicile ou chez les industriels agro-alimentaires. Les produits sont vendus à notre marque Tipiak (59 % du CA) ou à la marque de nos distributeurs. Le siège est situé dans la région nantaise et nous comptons 7 unités industrielles qui sont toutes implantées dans le grand ouest. Pour la petite histoire, les origines remontent à 1830 avec le regroupement de 2 entreprises déjà centenaires : la Maison Groult à Paris et l’Etablissement Billard à Nantes. Mais l’existence de Tipiak sous sa forme actuelle est plus récente : 1967.

Quelles sont vos priorités en matière de RSE ?

Chez nous, l’activité Froid représente près de deux tiers de notre chiffre d’affaires, elle utilise beaucoup de main d’œuvre, en particulier dans le pôle Traiteur Pâtissier. L’automatisation des process de production est encore limitée. Il s’agit de produits complexes, délicats, nécessitant beaucoup d’opérations manuelles et des mouvements répétitifs. Notre premier objectif en matière de RSE est donc de réduire la pénibilité, d’améliorer les conditions de travail et la sécurité de nos employés. Cette problématique RSE est systématiquement intégrée dans tous les projets que nous menons. Mais nous prenons également en compte dans nos projets les autres thématiques RSE telles que la sécurité alimentaire, la réduction des consommations énergétiques et des rejets polluants. Sur les 10.3 millions d’investissement 2017, environ 20% sont affectés à toutes ces thématiques RSE.

Comment se matérialise l’amélioration des conditions de travail et de sécurité de vos salariés ?

Quelques exemples. Sur site de Malville, au nord de Nantes, l’atelier boulangerie a été équipé de bras robots articulés pour porter et déplacer les moules de pain très lourds. Dans ce même atelier, nous avons installé un système de traitement d’air permettant de garantir une température ambiante satisfaisante toute l’année. S’y est ajouté un nouvel éclairage led permettant à la fois de réduire la consommation électrique et la fatigue oculaire. A Pont-L’Evêque, nous avons mis en place la climatisation, refait certains sols jugés glissants et réaménagé des postes à pénibilité dans certaines parties de l’usine. A Fouesnant, nos projets ont également porté sur la réfection des sols glissants, la climatisation de certains ateliers mais aussi une nouvelle installation de cuisson des féculents améliorant la sécurité des opérateurs. Un retourneur de palettes limite quant à lui le port de charges. Bref, notre outil de production évolue en permanence pour améliorer les conditions de travail et réduire les risques portant sur la santé et la sécurité de nos salariés.

La question de la sécurité alimentaire est primordiale dans l’agroalimentaire

C’est le deuxième chapitre de la RSE. La nécessité absolue d’un produit sain. Beaucoup de nos matières premières viennent de l’étranger, comme le quinoa ou le manioc par exemple dans le pôle Epicerie. Nous validons avec soin le choix de nos fournisseurs et réalisons des audits réguliers chez eux. Nous effectuons des contrôles très stricts à réception de nos matières premières. Sur les lignes de production et de conditionnement, les convoyeurs transportant les produits sont équipés de détecteurs de particules permettant d’évacuer les produits non conformes. Ces équipements permettent d’inspecter en continu le flux de produits sur ligne. Nous investissons régulièrement dans les détecteurs de corps étrangers pour améliorer et intensifier le contrôle de nos produits et garantir leur qualité et conformité aux clients. En outre, des contrôles en laboratoire sont constamment réalisés sur les produits finis par le service Qualité. A l’Epicerie, nous évoluons dans une atmosphère sèche, avec présence potentielle de poussière et jugée « explosible » selon la norme ATEX (norme de sécurité associée aux produits utilisables en atmosphère explosible). Nous vérifions par des audits réguliers le respect de la norme ATEX et l’intégrons dans nos projets d’investissement, comme par exemple le remplacement du moulin sur la ligne Tapioca. Nous avons par ailleurs fortement investi dans le renforcement et l’extension de notre réseau de sprinklers (extincteurs automatiques d’incendie). Notre troisième préoccupation RSE touche à la pollution (réduction du PH des eaux de rejet, réfection des égouts, limitation des émissions de gaz à effet de serre, …). Nous avons réalisé de lourds investissements récemment, avec notamment la nouvelle station d’épuration du site de Saint-Aignan Grand Lieu (près de 500 K€) et la nouvelle installation de production de froid à Fouesnant (environ 3 500 K€).

La pression réglementaire joue-t-elle un rôle incitatif ou complique-t-elle l’activité ?

La pression réglementaire s’accroît dans le domaine de la RSE, les contraintes et obligations deviennent de plus en plus fortes pour les entreprises, avec la prise en compte par les pouvoirs publics des enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux. De plus, nous sommes côtés en Bourse, ce qui accroît encore notre niveau de contrainte dans le domaine RSE. Nous publions un rapport très complet et public, avec une obligation d’audit par un cabinet certifié. L’incitation à la prise en compte des problématiques RSE vient aussi des consommateurs. Ils exigent des entreprises « responsables », respectueuses de leur santé, de leurs salariés et de l’environnement au sens large. Mais la motivation essentielle provient de la culture d’entreprise de Tipiak. C’est une volonté ancrée de longue date, partagée par toutes les directions du groupe, jusqu’au sommet de l’organigramme. Les instances représentatives du personnel aussi sont parties prenantes et vigilantes sur ce sujet.

Quelle évolution observez-vous dans la pratique de la RSE ?

C’est un sujet encore relativement neuf, mais il évolue rapidement et gagne en rigueur, c’est évident. Le pilotage de la RSE repose beaucoup sur la mise en place d’indicateurs fiables et pertinents. La collecte des informations est plus mature, plus fiable, le processus est évolutif et s’améliore au fur et à mesure. Nos auditeurs du cabinet Ernst & Young sont eux aussi toujours plus exigeants dans leur mission d’audit de nos sites de production. Ils poussent loin leurs investigations et leurs contrôles. D’autres intervenants sont également sollicités pour réaliser, par exemple, des audits énergétiques et proposer des pistes d’amélioration. La RSE n’est pas vécue comme une contrainte « sans valeur ajoutée », elle est considérée comme une voie de progrès continu par les salariés, les consommateurs, nos partenaires financiers et encouragée pas notre direction.

Une banque peut-elle vous aider dans votre politique RSE ?

J’ai été agréablement surpris par l’initiative d’Arkéa Banque E&I de mettre en place une enveloppe de financement de 100 millions réservée aux investissements RSE. Nous avons ainsi pu profiter d’un prêt à taux bonifié. Arkéa Banque E&I encourage et accompagne les efforts RSE, c’est un dispositif concret et innovant qui montre que le secteur bancaire à un rôle à jouer.

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